« Le bon gentilhomme n’avait jamais lu Virgile » : Balzac et l’imaginaire épique dans les romans de Lord R’Hoone

DOI : 10.17457/RIL/17_2023.MOR

Michele Morselli (Université de Bologne)

« Le bon gentilhomme n’avait jamais lu Virgile » : Balzac et l’imaginaire épique dans les romans de Lord R’Hoone

FR L’article explore les rapports entre l’épopée classique et les romans de Lord R’Hoone, l’un des pseudonymes utilisés par Balzac lors de son apprentissage romanesque (1822-1823). En particulier, on s’interroge sur l’effet de contraste entre le répertoire épique et l’imaginaire sentimental des romans de jeunesse comme espace d’élaboration du réalisme de la maturité de l’auteur. D’abord, on questionne le prétendu anticlassicisme du jeune Balzac ; ensuite, l’on s’interroge sur la fonction parodique que l’imaginaire épique assume dans L’Héritière de Birague (1822) et Jean Louis (1822) ; en dernier lieu, l’on met en exergue la synthèse opérée par Clotilde de Lusignan (1823) entre l’histoire de France et l’hypotexte de l’Éneide : le recours, comique sinon burlesque, des références épiques répond à une fonction politique, en déconstruisant l’élan idéaliste que la propagande bonapartiste fait de l’épopée classique. 

Mots-clés : Balzac, épopée, classique, Virgile, Napoléon.  

EN The article explores the relationship between the classical epic and the novels of Lord R’Hoone, one of Balzac’s pseudonyms during his novelistic apprenticeship (1822-1823). In particular, the text argues that the effect of contrast between the epic repertoire and the sentimental imagination of youth novels is like a space for developing the realism of the author’s literary maturity. First, the alleged anticlassicism of the young Balzac is questioned ; then, the text focuses on the parodic function that the epic imagination assumes in L’Héritière de Birague (1822) and Jean Louis (1822) ; finally, Clotilde de Lusignan (1823) is presented as a literary space of synthesis between the political history of France and the hypotext of the Aeneid. Indeed, the recourse, comic if not burlesque, of epic references in Balzac’s youth novels responds to a political function, by deconstructing the idealistic impulse that Bonapartist propaganda makes of the classical epic.

Keywords : Balzac, epic, classicism, Virgil, Napoleon.