Rêve ophélien et écho du fantasme dans l’œuvre d’Annie Ernaux

DOI: 10.17457/RIL/12_2018.DUS

François Dussart (Université de Lille)

Rêve ophélien et écho du fantasme dans l’œuvre d’Annie Ernaux

Dans un récit de rêve d’Annie Ernaux, des plantes partent du sexe de la narratrice couchée dans une rivière. L’analyse croisée des variantes du rêve et des glissements du signifiant permet d’y lire la vocation littéraire, l’avortement et les deuils. Autour du trou de la perte se projettent les images du récit princeps autrefois proféré par la mère, révélant ce qui semble avoir été toujours déjà connu – l’existence d’une sœur morte, des hallucinations contradictoires de fusion heureuse et d’usurpation horrible –, dans le rapport circulaire qu’entretiennent le fantasme et le traumatisme. Pour s’en protéger, l’enfant s’approprie la beauté autoritaire de l’énonciation littéraire, non sans préserver une crypte de rêverie vide où continue de résonner l’écho des fêtes tristes.

Mots-clés : Annie Ernaux, Littérature et psychanalyse, Rêve, Fantasme, Deuil.

EN In a dream story by Annie Ernaux, plants start from the sex of the narra- tor lying in a river. The crossed analysis of the variants of the dream and the sliding of the signifier makes it possible to read the literary vocation, the abortion and the mourning. Around the hole of loss are projected images of the original tale once told by the mother, revealing what seems to have already always been known—the existence of a dead sister, contradictory hallucinations of happy fusion and horrible usurpation—, in the circular report that fantasy and trauma maintain. To protect himself from it, the child appropriates the authoritarian beauty of the literary enunciation, not without preserving a crypt of empty reverie where the echo of the sad festivals continues to resound.

Keywords : Annie Ernaux, Literature and Psychoanalysis, Dream, Fantasy, Mourning.